LES RELATIONS D'ÂMES

La vie m'est toujours apparue comme un jeu de pistes géant bourré d'énigmes à résoudre. Une quête passionnante de sens, intimement liée à une quête de Soi.


En effet, il m’apparaît absurde que l'on naisse et meure sur cette Terre sans que cela ait un but précis.

En fait, peu importe de savoir ce que l'Univers traficote dans ses projets, si l'on devait ne retenir une seule chose ce serait : l'expérience.



Il n'y a pas de bonne ni de mauvaise expérience : chacune apporte sa leçon au moment opportun. Le tout est de savoir être à l'écoute du message que celle-ci a à nous délivrer.


Et, dans cet apprentissage, si on y prête attention, il y a toujours quelqu'un qui croise notre chemin au bon moment. Ce peut-être un proche, un inconnu, peu importe.


Quelqu'un avec qui il va se passer un échange, sans que cela puisse être nécessairement conscient sur le moment (et sans que l'on puisse forcément cerner ce que nous lui apportons en retour).


C'est ce que j'appelle les relations d'âmes.


Alors bien sûr, je ne vous incite pas à croire en tout cela. Simplement, je relate ici des faits et des réflexions sur certaines occurrences rencontrées sur mon chemin et me base essentiellement sur ce que j'ai pu vivre et expérimenter.


À mes yeux, rien n'est du au hasard (j'en ai parlé ici). Tout ce qui arrive a son importance et, avec le temps, prend sens dans le déroulement de la vie.


Pour illustrer cet article, je vais vous conter quelques anecdotes personnelles...


Screeshot du film Donnie Darko, de Richard Kelly



Jo


Il y a quelques années, j'évoluais au beau milieu d'un brouillard asphyxiant mêlant crise identitaire, déni de soi et mélodrame sentimental. En moi se contenait un tas d'émotions paradoxales se faisant la guerre entre elles constamment.

Un beau jour, un profond besoin de soumettre une trêve à ce chaos s'est imposé, comme une piqûre fulgurante.

Je ne savais pas trop comment initier cet armistice alors j'ai suivi l'élan. Vous savez, c'est cette petite voix intérieure qui dit souvent des choses qui paraissent insensées ?

En fin d'après-midi, je suivais le fluide sans plus réfléchir (visualisé comme dans le film Donnie Darko, cf. photo ci-dessus) me menant sur une colline, dans les hauteurs de ma ville. Faut-il préciser que je n'ai aucune attache particulière à ce lieu.

Je me suis donc retrouvée là, sans trop savoir pourquoi, mais peu importait.

C'est un moment que j'ai accueilli pour souffler, face à l'horizon, se poser pour simplement observer de loin le monde et son agitation, comme une prise de recul symbolique.

Et là, au bord du vide, j'ai lâché toutes les émotions, libéré ce chaos interne trop contenu, en un flot de larmes incessant.

Au beau milieu de cette libération désordonnée, j'entendais une voix s'approcher et m'interpeller avec une grande délicatesse.

En me tournant, je faisais face à un homme pas très grand, pas bien épais non plus, la peau du visage cuirassée et marquée par le temps. Il devait avoir la bonne cinquantaine et disait s'appeler Jo.

Et c'est avec beaucoup de précaution qu'il s'enquit de mon état. Peut-être redoutait-il que je ne saute dans le fossé, même si ce n'était pas mon intention.

À petits pas, il s'approchait me demandant si j'avais besoin d'aide. Je n'ai rien dit, perdue dans mes larmes, je n'avais pas de mots.

D'ordinaire, j'aurais fuit cette intrusion, mais à cet instant rien était ordinaire, dans le sens où on l'on entend communément.

Le chaos que je libérais alors était si fort qu'il l'a certainement entendu sans que je ne formule quoique ce soit. Il s'est mis à me raconter une passion amoureuse qu'il avait vécu et qui, comme toute chose en ce monde, a pris fin. Et que derrière cette fin, il y a eu un autre commencement.

Je crois même qu'il avait les larmes aux yeux. Il m'a dit que ressentir ce genre de chose était merveilleux, parce que la passion est un sentiment extraordinaire même si l'on souffre à un moment donné. Et que c'est une réelle chance que de la vivre, quand d'autres ne la connaîtront jamais. Avant de partir, Il m'a serrée contre lui en glissant quelques mots de Brel dans les oreilles : "On n'oublie pas, on s'habitue".

Je me suis retrouvée seule, abasourdie et véritablement apaisée. Cet inconnu venait de me livrer les mots que j'avais besoin d'entendre pour faire la paix en moi-même. Je ne sais pas trop comment il a tapé dans le mille sans rien connaître de mon histoire.

Il était là au bon endroit, au bon moment. J'étais là au bon endroit, au bon moment.






Jay


Il y a maintenant de nombreuses années, j'ai rencontré (et oublié dans quelles circonstances) Jay sur un réseau social ancestral.

Il habitait à des kilomètres et nous échangions sur feu MSN nos déboires sentimentaux respectifs. Quand on s'appelait, il jouait des morceaux de piano et je l'écoutais en rêvassant.

Ce soutien mutuel était important en cette période super foutraque pour ma part.

Il avait une vision de la vie et des relations humaines proche de la mienne : c'est à dire passionnée. C'était rassurant de se rendre compte qu'il existait un pendant masculin, animé du même mode de pensée jugé excessif (sans qu'intervienne toutefois un type de relation d'ordre sentimental).

C'était simple, presque enfantin et ça faisait du bien. Ça a duré quelques mois et puis, du jour au lendemain : pouf ! Plus rien ! Sans heurts, naturellement.

Environ 7 ans plus tard, en déambulant dans un quartier de l'eastern de Londres — donc rien à voir avec nos villes initiales — je croise un groupe d'individus et en passant juste à côté, la petite voix intérieure s'agite : "C'est Jay !".

Faut-il préciser que je ne l'avais vu qu'une fois en photo, des années plus tôt, et qu'il était depuis lors enfoui en un lointain souvenir.

Ni une, ni deux et toujours animée par le fluide, je l'ajoute sur Facebook en lui adressant un petit message pour lui raconter cette curieuse anecdote et surtout lui demander s'il s'agissait bien de lui.

Une fois la demande d'ajout acceptée, je remarquais que son profil indiquait qu'il résidait à Londres ! Toutefois, le message est resté en suspens, perdu dans les méandres d'une boite de réception élitiste.

Deux ans plus tard (et donc pas loin de 10 ans depuis notre rencontre virtuelle), le 11/11 précisément et certainement pas par hasard (un jour prochain j'expliquerai ma relation aux chiffres), la petite icône conversationnelle clignote en indiquant son nom : il venait de prendre connaissance de mon message !

C'était le jour de son anniversaire et il ratissait les messages non lus entassés dans les spams de sa mailbox.

De mon côté, c'était une période de profonde remise en question emplie de doutes et d'interrogations sur le virage à prendre dans ma vie sentimentale.

Nous sommes restés 5 heures pendus au téléphone à épiloguer sur les rebondissements de vieilles "affaires" dans une entente qui n'a pas pâli malgré l'étirement du temps.

Avant de raccrocher, il me dit en rigolant : "Et si un petit prof de ton école te propose d'aller boire un verre, surtout tu acceptes !"

Est-ce utile de préciser la suite ? 😄

Depuis ce dernier échange, je n'ai plus eu de nouvelles de Jay, mais quelques petits jours après — un jour de Super Lune pour être exacte et ça a son importance pour moi — ce "petit prof" prenait forme réelle et derrière son verre (que j'ai bien entendu accepté, sinon tout ça n'aurait aucun sens), se profilait une toute autre relation d'âmes.

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