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Les ombres de la nuit



Le Cauchemar, Johann Heinrich Füssli (1781)



La première histoire étrange dont je me souvienne concrètement remonte vers mes 4-6 ans.


La nuit, j'entendais mon prénom, d'abord chuchoté très bas puis qui s'amplifiait jusqu'à me hurler dessus.


Ce crescendo me terrifiait, d'abord, parce que je ne savais pas d'où ça venait — si c'était effectivement un cauchemar persistant et récurrent, je ne saurais le confirmer — mais aussi parce que j'avais la sensation d'être réveillée et consciente à ce moment-là.


Et avec ça, s'associait une sensation "cotonneuse" très persistante et indissociable de cette voix , très difficile à décrire.


Ce même épisode se répétait souvent jusqu'au jour où, du haut de mon lit superposé, j'ai vu une ombre humaine. C'était beaucoup plus sombre et bien plus net dans les contours que le reflet de n'importe quoi.


Statique, elle me regardait avec des yeux que je percevais rouges.


Elle se tenait très proche de moi, j'étais tétanisée, terrifiée. Elle restait plantée là et même en lui tournant le dos, je la voyais côté mur.


Je ne pouvais pas crier et me glissais sous la couverture en suant d'angoisse à grosses gouttes.


Il ne s'est rien passé d'autre cette nuit-là que cette épouvante et malgré le caractère lointain de cette anecdote, l'émotion violente ressentie a pourtant marqué son empreinte au fer dans le registre de ma mémoire et a initié un comportement d'évitement durant de longues années.

Dormir tête sous couette en toute saison, quoiqu'il arrive, ne voulant plus revoir — mais surtout ressentir — ça.


Et pourtant, même en faisant l'autruche sous la couverture, cela n'a pas suffit à masquer les ressentis de présences et autres joyeusetés en tous genres.

C'est un sentiment inconfortable, une gêne, un malaise. On se sent épié par quelque chose d'impalpable, d'insaisissable.

On le vit dans la peur parce qu'il y a un mystère tissé tout autour, c'est l'inconnu. On s'approprie alors un folklore de monstres, d'esprits, de démons. On s'auto-flagelle à se penser trop imaginatif et/ou complètement fou.


J'ai grandi avec tout ça, avec cette peur — la nourrissant de croyances qui n'étaient pas miennes — sans chercher à comprendre pourquoi je ressentais ça et j'ai l'impression que c'est un peu le lot de plein de gens.


Le risque, c'est de s'enfermer là-dedans et de devenir complètement parano.


Je crois qu'on ne se rend pas bien compte à quel point nous sommes conditionnés par des croyances issues de l'imaginaire collectif, nourries par les représentations des contes/dessins animés/films, etc.

Certains me parlent de savoir ancestral mais je pense qu'il ne faut pas tout confondre non plus. La bêtise est ancestrale elle aussi, ne l'oublions pas.


Aujourd'hui, avec le recul, j'ai davantage tendance à croire que ces "démons" sont une projection/matérialisation de nos propres peurs/angoisses/mal être.


Néanmoins, cela reste une croyance et non une vérité. Mais cette approche me paraît plus saine que de toujours penser que le "mal" vient de l'extérieur.


Et d'ailleurs, pourquoi rattache-t-on presque systématiquement un sentiment négatif à quelque chose qui nous échappe et/ou relevant de l'invisible/impalpable/inconnu ?


Et si on pensait à l'envers ? Si le "mal" perçu à l'extérieur, cette "agression" que je ressens, était le reflet de quelque chose que ma conscience a des difficultés à admettre ?


Et si l'on creusait plutôt en soi au lieu d'incriminer le reste du monde ou d'inventer des créatures obscures ?


Il y a du chemin à faire pour arriver à déconstruire tout un système de croyances bien ancrées et quoiqu'on en dise, bien imprégnées par les codes de notre système judéo-chrétien, que l'on soit ou non croyant et/ou pratiquant d'ailleurs.


La notion du bien et du mal est particulièrement prégnante dans nos cervelles.


On distingue ces deux notions comme si c'étaient deux clans opposés alors que l'un ne va pas sans l'autre et que nous autres humains, sommes à la fois, l'un et l'autre.


Aussi, cette tendance, à forcément prendre partie, nous confond dans un bien-penser dégoulinant de politiquement correct qui n'a rien d'authentique, osons se l'avouer.


Et si la meilleure version de soi, était d'accepter cette dualité et de trouver l'équilibre entre les deux sans pour autant renier ses ombres ?


Ce que je veux dire par là, c'est que l'on peut ressentir plein de choses (comme des présences, des énergies, des vibrations, ce que vous voulez) mais que ce n'est pas forcément ce que l'on croit ou ce que l'on nous amène à croire. Quand la peur nous domine, l'imagination s'affole et devient particulièrement fertile.

Et que ce n'est pas parce que c'est nommé et acté de telle façon depuis la nuit des temps, que c'est forcément ça et pas autrement.


Il est important de se poser les bonnes questions et de s'écouter surtout.


Au cours de mon "apprentissage", j'ai été amenée à faire des trucs improbables avec des rituels, pour chasser des entités du "bas astral" justement.

Novice, je suivais un peu naïvement, mais, au fond de moi, ça ne collait pas à mon ressenti. Pourquoi pas me diras-tu, mais pour autant, les rituels pré-mâchés n'ont jamais été ma tasse de thé : peut-être parce que j'éprouve certaines difficultés à saisir comment une action dans la matière peut avoir une influence dans la non-matière.


Au départ, je réprimais ce sentiment parce qu'il ne collait pas au consensus et qu'il me donnait l'impression d'être dans le faux. Je suivais donc le mouvement, curieuse.

Sauf que, faire des choses qui ne sont pas en accord avec soi, c'est fausser l'intention et ça ne sert pas à grand chose.


En fin de compte, avec le temps, je réalise que ce qui importe le plus dans tout ça — on peut choisir de croire ce que l'on veut — c'est l'influence que cela peut avoir dans nos vies.


En effet — et je conclurai là-dessus parce que ça commence à faire long (oups) — est-ce nécessaire de s'engluer dans un système de pensée angoissant quand on peut ajuster son regard sur le monde et vivre les choses de façon plus sereine ?


À méditer ;-)

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