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Le passager noir

Lorsque j’étais plus jeune, mon père pestait beaucoup de mon caractère borné qui se fracassait à répétition contre des murs, des murs gros comme des maisons qu’on voyait arriver à des kilomètres.

J’entendais ses conseils, ses avertissements, mais c’était plus fort que moi, il fallait me heurter, tomber, toujours, encore.

Aujourd’hui, avec mon oeil de maman, je comprends où il voulait en venir.



Un parent, un ami, quelqu’un qui veille sur toi et qui t’aime, veut t’éviter de souffrir comme lui a souffert.


Ainsi, j’en suis venue à la conclusion que ce que l’on transmet en réalité, ce ne sont pas nos leçons personnelles (ce n’est pas parce qu’on tombe au même endroit que l’on va en tirer le même enseignement, tout dépend du contexte autour) mais bien la capacité de résilience.


Papa si tu me lis, tu m’as appris une chose essentielle : ce n'est pas parce qu'on se prend des murs ou qu'on chute, qu'on reste à terre (ou placardé au mur).

Il est la preuve vivante (et Maman aussi hein, pas de jaloux) que malgré tout, on se relève.

Ça paraît simple mais c’est fondamental.


C’est d’ailleurs devenu le fil rouge dans ma vie perso mais également dans mon métier en création d’aujourd’hui.


En effet, si l’on ne tombe pas, qu’apprend-on de la vie ?

Et si l’on ne souffre pas, comment peut-on définir le bien-être, le bonheur, l’amour et tout le reste ?


Chaque état positif a son versant négatif. Tout comme l’être humain a deux polarités : le Yin et le Yang, le Masculin et le Féminin, le cerveau droit et le cerveau gauche, le Bien et le Mal, l’Ombre et la Lumière.

Nous sommes un TOUT, c’est à dire les deux à la fois et pas l’un ou l’autre. Jouer les extrémistes, c’est déséquilibrer son Être et sous-estimer toute la force et la puissance de son essence.


Ainsi, cette longue introduction, m’amène au coeur du sujet que j’avais envie de partager : celui l’ombre qui sommeille en chacun de nous et qui éveille peurs et terrifiances.


Qu’est-ce que l’ombre ?


Par définition, c’est le versant opposé de la lumière, ce qui est tapi dans l’obscurité, les non-dits, le caché, l’obscur, les pulsions que l’on réfrène. En somme, tout ce qui ne répond pas aux codes de notre Moi Social qui veut lisser son image et appartenir à un environnement codifié.


Bien souvent à tort, on assimile l’ombre à quelque chose de maléfique. Alors que si l’on part du principe du Tout, qu’est-ce que l’ombre si ce n’est autre que le versant de notre personnalité apparente (lumière) ?


À travers son ouvrage Apprivoiser son ombre (que je te conseille vivement d’explorer si le sujet t’intéresse), Jean Monbourquette, prêtre et psychologue, explique comment se définit et se forme cette ombre.


De cette manière il évoque cas concrets et petits exercices permettant de reconnaître son ombre lorsqu’elle se manifeste, afin de l’accueillir et de la considérer non pas comme un ennemi, mais plutôt comme un allié précieux dans la connaissance de Soi et de son évolution de conscience.


Pour la faire courte et imagée, elle serait le pot-pourri de notre construction. C’est à dire qu’en fonction du contexte social, éducationnel et spirituel dans lequel on érige notre personnalité apparente, tout ce que l’on va réfréner pour répondre à ce milieu, va constituer cette ombre.


Ok, mais alors quel est l’intérêt de tout ça ?


L’intérêt, c’est que plus on va remplir sa sacoche à merdes (oui, c’est poétique), plus elle risque de déborder à un moment ou à un autre et ça peut faire de sérieux dégâts.


Pourquoi déborderait-elle si l’ombre est tout ce que l’on dissimule et enfoui dans des profondeurs abyssales ?


Là, j’ai envie de te répondre : parce que l’Âme.


À un moment donné dans l’existence, on se rend bien compte que la vie ne se résume pas à boire son café, filer au boulot, courir partout et rentrer se vautrer dans le canapé, non ?


Dis-moi que non par pitié. Parce que ce serait foutrement triste et franchement sans intérêt.

Enfin, ce n’est que mon avis mais ce tableau-là m’a toujours donné le mal du macaque.


DONC, l’Âme. Son appel, donner du sens à ce que l’on fait, cheminer pour comprendre (à son niveau) ce que l’on est venu faire sur cette Terre.


Il y a des moments-clés dans la vie qui font que l’on se pose ce genre de questions et que parfois, il devient essentiel de répondre à ses "pourquoi ?".


Et les réponses, je te le donne en mille : elles se trouvent à l'intérieur de soi ! Toujours, encore, absolument. Et ça, je te le répèterai encore et encore.


Enfin, c’est là que réside toute l’importance de cette ombre.  Monsieur Jung disait : 

« Ce n’est pas en regardant la lumière que l’on devient lumineux, mais en plongeant dans son obscurité. Mais ce travail est souvent désagréable, donc impopulaire. »

Et j’abonde entièrement en son sens car, il y a quelques années, je n’ai pas eu d’autre choix (ou peut-être que si, mais peu importe) que de rencontrer cette ombre, lui tendre la main et c’est précisément ce qui m’a permis de sortir d’un carcan infernal.


À ce titre, Monbourquette insiste sur le fait que :

"Ressentir n'est pas consentir"

En effet, embrasser son ombre, ce n'est pas lui ouvrir la porte pour la laisser prendre le pouvoir sur Soi et devenir le boucher de Bay Harbor.


C'est avant tout l'identifier, l'admettre et comprendre pourquoi elle est là afin de pacifier son rapport avec elle et ne plus la voir comme un truc terrifiant qu'il faut éradiquer à tout prix. 


Si tu effaces une part d'ombre, tu comprends bien que dans le raisonnement sus-cité, tu gommes en même temps la part de lumière correspondante.



Ça n'a donc pas particulièrement d'intérêt si ce n'est de se déglinguer complètement. 


Aujourd’hui, cette philosophie est aussi ce qui a motivé toute la démarche de donner un sens à ce que j’entreprends. De quitter un travail trop alimentaire et d’oser incarner ma passion pour la psychologie et la spiritualité. Car l'ombre permet de comprendre un certain nombre de choses, notamment sur ses valeurs, et permet de se libérer aussi d'un tas de chaînes.


Sur les pas de mon père, finalement, et à ma manière, j’ai envie de transmettre — du mieux que je peux — le fait que les chutes ou les ombres ne sont ni des échecs, ni des erreurs ou encore des hontes ou des fautes, mais bien des révélateurs de potentiels.


Que la partie mal-aimée de soi, fait malgré tout partie intégrante de ce que nous sommes, de ce Tout.

Et qu'elle est un matériau précieux pour celui qui veut  engager un voyage à l'intérieur de lui-même pour comprendre qui il est et quel sens il veut donner à son existence. 



(Source illustrations : Pinterest)

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