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L'héritage familial


Lorsque j’étais enfant, et pendant une bonne première partie de ma vie, j’ai porté une angoisse dont je ne trouvais pas la source : j’avais des flashs d’une situation que je n’avais pas vécue, écrivais des histoires sur le même thème… quelque chose tentait de s’exprimer sans trouver d’écho dans mon propre vécu, nourrissant une faille indéfinissable.


Quelques années plus tard, quelque chose me guidait vers un secret de famille dont la mise en lumière était devenue une urgence : celle d’ouvrir cette cage dans laquelle j’étais enfermée malgré moi. Je me sentais profondément concernée, sans trop savoir de quelle façon cela pouvait m’impliquer concrètement.


Ce n’est pas sans douleur que la lumière s’est faite sur ce qui constituait un tabou, une tâche noire que l’on tentait de dissimuler sous des couches de peinture blanche.


C’est en posant les mots sur ses maux (tu comprends maintenant à quel point ma démarche d’aujourd’hui est ancrée), que mon ascendant nous a déliés d'une histoire qui lui appartenait et que, sans que je ne sache vraiment comment, ni pourquoi, je portais aussi en moi.


Et c’est de cette façon très simple — et pourtant si compliquée parfois — que cette angoisse que je ressentais a trouvé son juste écho pour ne plus retentir à nouveau.


Qu’avais-je à voir dans tout cela ? Comment ai-je pu porter une mémoire qui ne m’appartenait pas ?


Toutes ces questions m’ont accompagné très tôt, tout comme ce sentiment qu’en donnant la vie, nos parents nous transmettent bien davantage qu’un corps et qu’un nom de famille.

Cette angoisse n’est pas née de nulle part, elle est née avec moi, dans le ventre de ma mère, dans son centre émotionnel, là où baignent les mémoires transgénérationnelles.


Et c’est cette histoire qui, quelque part, a initié ce voyage vers la rencontre avec mon « qui suis-je ? » bien des années plus tard.


Plus récemment, je me suis rendue compte dans mes accompagnements, mais aussi dans mon entourage, de l’influence évidente de cet héritage sur nos choix et nos comportements.


Quelque part, lorsque l’on dit que l’on règle son pas sur le pas de ses aïeuls, on ne croit pas si bien dire !


Les histoires se répètent et parfois bien malgré soi.


Michèle Bromet-Camou — psychologue clinicienne spécialisée dans la thérapie transgénérationnelle et familiale — explique dans son ouvrage* (que je t’invite à découvrir car il aborde de façon claire cette approche de la psychogénéalogie initiée par Anne Ancelin Schützenberger dans les années 70) que même si l’on s’emploie à ne pas reproduire l'histoire, on s’inscrit déjà dans cette transmission.


« Tout individu est imprégné, qu’il le veuille ou non, qu’il le sache ou non, des liens tissés depuis plusieurs générations par les membres de sa famille et de son contexte de vie, et en particulier de ce qui s’est vécu émotionnellement sans pouvoir se dire. Ces non-dits vont constituer des sortes de résidus émotionnels déterminant une empreinte qui se crée de façon précoce. Elle ne restera pas dans la mémoire consciente mais s’inscrira dans la mémoire corporelle. Lorsqu’un événement viendra toucher cette zone anciennement et secrètement mutilée, un écho aura lieu remettant en lumière l’événement initial qui tentera de se frayer un passage pour sortir de l’enkystement où il se situe. »

(Extrait de Guérir de sa famille et vivre enfin sa vie de Michèle Bromet-Camou)

De cette manière et pour comprendre la manifestation d’un trouble, il est essentiel de considérer l’individu dans son intégralité.


En effet, lorsque l’on dissocie le corps de l’esprit et de l’âme ainsi que de son environnement, on va traiter l’effet sans chercher à identifier sa cause, ne se préoccupant que de la partie visible de l’iceberg.


Considérer l’individu dans son ensemble, c’est reconnaître que le trouble est un symptôme et qu’en explorant les profondeurs, la partie immergée, les fondations, il est possible de soigner la plaie et pas seulement la douleur qu’elle diffuse.


Comprendre son passé, et la construction que l’inconscient a échafaudé dessus, est une clé pour ouvrir la porte d’une vie plus harmonieuse.


Guérir n’est pas seulement panser et ne plus ressentir de douleur. Guérir, c’est surtout comprendre pour être ainsi en paix avec soi-même, avec son histoire et celle de sa famille.


Qu’on le veuille ou non, nous faisons partie de cette lignée et nous en sommes les dignes héritiers. Dignes, parce que notre âme a choisi sa place. Tout ce que nous endurons, l’âme est capable de le surmonter.


Facile à dire, me diras-tu. Certains drames nous paraissent impossibles à dépasser d’un point de vue humain. Toutefois, à l’échelle de l’âme, la perspective est différente.

Et pour l’appréhender, s’y connecter est une manière de trouver cette force en soi pour dépasser la contrainte de la douleur psychologique.

Il ne s’agit pas de nier la douleur mais de transformer son influence négative en moteur positif de sorte que le pire puisse engranger le meilleur.


Nous portons un fardeau et avons le pouvoir et le choix d’en faire un feu de camp pour illuminer la nuit et se réchauffer au cours du voyage. Ainsi, allégeant ce sac à dos que nous transmettrons, à notre tour, aux futures générations.


De la même manière, on n'efface pas son histoire, ni celle de ses aïeuls.


L’histoire est belle malgré ses impasses et ses coins sombres parce qu’elle construit l’être humain et qu’elle lui permet, en révélant et conscientisant ses failles, d’évoluer.


Si les histoires se répètent, notre rôle n’est-il pas, à nous, héritiers d’une lignée, de libérer « l’âme familiale » en écoutant cet appel de nos aïeuls ?

Cette question me conduit à évoquer le cas de la transmission de « don » au sein d’une même famille. Souvent, on observe des familles de guérisseurs, de médiums, de magnétiseurs, de sourciers, de coupeurs de feu, etc : pourquoi cela se manifeste-t-il chez certaines familles et pas chez d’autres ?



Déjà, j’aimerais clarifier cette notion de « don » qui me paraît inappropriée (si tu as parcouru le journal, tu vois de quoi je parle).

Selon mon cadre de référence, l’âme choisit ses « paramètres » et ses « outils » afin de mener à bien son expérience d’incarnation. Et ce que l’on considère comme des « dons » en font partie : c’est à dire qu’ils vont servir ce projet et ne sont pas là pour décorer ou nous faire flipper.


Toujours selon mon cadre de référence (auquel tu n’es pas obligé d’adhérer), ces capacités peuvent également constituer des acquis de nos vies antérieures et en choisissant de s’incarner dans une famille terrestre qui expérimente ces mêmes-capacités, nous apportons ainsi notre pierre à l’édifice, permettant de servir un projet d’une toute autre envergure (qu'on est pas obligés de connaître).


Cette vision des choses m’est apparue au fil des découvertes au sujet de ma propre lignée : des ancêtres (pas si lointains) qui ont vécu leur médiumnité avec plus ou moins de difficultés.


Ainsi, cette perspective m'a fait envisager la chose différemment, j'ai compris que j'avais le choix : celui d'en souffrir ou, au contraire, de le transformer en une construction positive. C'est aussi un peu ma façon de rendre hommage à cette lignée.


Lorsqu'un descendant se libère, il délie les noeuds qui le retenaient à l'histoire de son ascendant.

Être enfermé dans un schéma qui ne nous appartient pas est source d'une souffrance pernicieuse.

Michèle Bromet-Camou explique que les noeuds familiaux s'expriment dans tout ce qui se vit "plus fort que soi" (attention par ailleurs à ne pas systématiquement remettre la responsabilité à autrui).

Ainsi, conscientiser ce qui se joue derrière ces troubles est une manière de reprendre sa juste place, celle d'acteur principal de sa vie.


Nos parents vivent à travers nous, tout comme nos enfants.


Ensemble, chacun dans les pas de l'autre, nous tissons une histoire dans laquelle nous ne sommes pas un mais UNS.


Pour autant, cette toile constitue un patrimoine qui devrait nous aider à grimper et non à nous piéger.


Ainsi, comprendre son histoire familiale et ce qui nous relie à nos ancêtres, permet d’accepter cet héritage comme une leçon pour soi qui nous permet de nous transcender et d'assumer pleinement qui on est : n'est-ce pas cela, finalement, le sel de l'harmonie ?


Enfin, nous serions la clé qui ouvre la porte à un autre possible, celui d'écrire une nouvelle histoire : la sienne.




*Guérir de sa famille et enfin vivre sa vie de Michèle Bromet-Camou

L'auteure — psychologue clinicienne spécialisée dans la thérapie transgénérationnelle et familiale — raconte l'histoire personnelle qui l'a menée à se former à la psychogénéalogie.

Cette méthode, développée dans les années 1970 par Anne Ancelin Schützenberger, s'intéresse à l'influence de l'histoire familiale sur nos choix et nos comportements.

Michèle Bromet-Camou explique à travers des cas concrets la mécanique de cet "inconscient familial" et de quelle façon le psychodrame peut aider à s'extraire des schémas répétitifs.



Source illustrations : Pinterest

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